Treschenu-Creyers

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Petite histoire de Treschenu

Dans le patois du pays, « Treschenu » signifie « trois chenaux », entendez les trois ravins creusés par les trois torrents de montagne bondissants et fantasques, aux eaux vertes et limpides : le Sareymond, qui débaroule du col de Menée dans les petites et grandes cascades du Sapet, plus bas vers Les Nonières ; le Combeau, jaillissant de la Fontaine des Prêtres au cœur du verdoyant vallon de Combeau ; et l'Archiane, qui émerge de la Fontaine de Tournière sur la nappe souterraine enfouie dans les murailles rocheuses du cirque d'Archiane.

Malgré la rudesse du climat et les conditions d'accès difficiles, les premières traces d'occupation humaine remontent à fort loin… La tradition locale évoque le Moustérien (-80000 ans b.c.), mais plus concrètement, les préhistoriens ont daté des vestiges découverts dans les grottes de Pellebit à la première moitié du cinquième millénaire avant notre ère. On y extrayait du silex destiné à fabriquer des outils, un silex de grande qualité, attestée par l'importance de l'exploitation.

L'époque gallo-romaine a laissé peu de traces sur la commune même, si ce n'est un embranchement de la voie romaine reliant Vienne à Turin, peut-être une partie de l'un des itinéraires proposés – bien que peu probable – pour le passage d'Hannibal.

De l'ère chrétienne, on conserve dans les annales l'histoire du couvent fondé en 610 au vallon de Combeau par Meltride, envoyée de Poitiers par sainte Radegonde (fille du roi de Thuringe, reine de Neustrie et épouse répudiée de Clotaire Ier). Malgré son isolement, le couvent prospéra jusqu'à l'arrivée en 735 d'une bande de Sarrasins. Il fut alors totalement détruit et seules, cinq des trente-trois religieuses qui y vivaient échappèrent à l'incendie. À ces rescapées venues se réfugier au village plus bas, la légende attribue l'origine du nom "Nonières”. Une cuve de pierre (ancien bassin à huile) sera récupérée sur les ruines pour devenir la fontaine des Nonnières, ainsi que le bénitier visible dans l'église.

À l'époque féodale, à la fin du XIe siècle, les comtes règnent sur le Diois, pouvoir qu'ils se disputent avec les évêques de Die au diocèse plus étendu. Mariages et successions morcellent le comté. Comme bien d'autres en ces époques belliqueuses, la seigneurie de Châtillon est cause de maints litiges, dont le premier est arbitré au château de Treschenu, qu'on voit ainsi apparaître pour la première fois dans les écrits (ses ruines se dressent encore de nos jours sur un promontoire en aval de Menée, à l'entrée de la vallée d'Archiane). Elle échoit ensuite en dot à Malbérionne, épouse de Raymond de Baux, prince d'Orange, dont le petit-fils la cédera en 1314 à l'évêque de Die qui la revend rapidement à son tour. En 1450, le dauphin Louis XI met fin à cette lutte farouche entre évêques et comtes de Die en s'annexant le Diois.

Impossible de parler du Diois sans évoquer les guerres de Religion qui ont profondément marqué la région. En 1598, après l'édit de Nantes promulgué par Henri IV qui accorde leur liberté de conscience aux huguenots, Die devient le siège d'une académie protestante. Mais en 1665, la révocation de l'édit de Nantes éclate comme un coup de tonnerre, et par milliers, les protestants persécutés gagnent la Suisse, l'Allemagne ou la Hollande par des passages clandestins. Bien des noms de lieu en Diois portent encore le souvenir de cette époque sanglante, et en particulier notre col de Menée (col de Minuit).

Le dernier seigneur de Treschenu et d'Esparron émigre à la Révolution. Ses titres de noblesse sont brûlés en 1794 à la demande des habitants. De longs siècles durant, les terres de Treschenu en Diois avaient été réunies à celles de Chichiliane, du Percy et de Monestier-de-Percy en Trièves, par-dessus les crêtes de la Grande Leyrie, du mont Barral et de Jiboui. Le découpage en départements en 1790 les renvoya vers leurs pays naturels respectifs. Dans le département de la Drôme, à la limite de l'Isère, fut créée la commune de Treschenu.

Le XIXe siècle, après l'organisation sous Louis-Philippe d'un important réseau routier, voit arriver le chemin de fer à Die. C'est aussi le début de l'exode rural massif, qui se poursuivra jusqu'après la Première Guerre mondiale. Avec l'expansion industrielle, et devant l'attrait d'une vie plus agréable en ville, les villages et hameaux du haut Diois se désertifient. Quelques-uns sont totalement abandonnés, la plupart subissent de formidables saignées (plus de 600 habitants sur la commune de Treschenu à la fin du XIXe siècle, pour 126 au dernier recensement).

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le Diois, terre immémoriale de tolérance et de résistance, s'organise de façon active contre la barbarie et le totalitarisme. Malgré les représailles, à Treschenu comme ailleurs, la population soutient activement les maquisards.

Véronique Pitte

d'après Un homme, un village, Séverine Beaumier, Centre alpin et rhodanien d'ethnologie, Grenoble 1978 ; Le Guide du Diois, éditions A Die, 1995 ; Chroniques de Treschenu et Creyers, Centre social, culturel et sportif de Treschenu-Creyers ; L'Almanach du Vieux Dauphinois, 1997 ; archives de la mairie de Treschenu-Creyers.

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